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Interview de Andrej Kolar, co-fondateur de NavITer

Interview de Andrej Kolar, co-fondateur de NavITer

Il y a un peu plus d’un mois, nous sommes passés en Slovénie. Nous nous sommes bien sûr arrêtés chez Andrej Kolar, le co-fondateur de NavITer (SeeYou, Oudie et Soaring Spot). C’est un pilote de compétitions chevronné, ayant participé à des championnats d’Europe et du Monde et détenteur de plusieurs records de distance. La société se trouve au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation de 6 étages à Lesce, une ville située au nord-ouest de la capitale, Ljubjlana. Leurs locaux sont baignés de lumière (sauf la salle où sont installés les codeurs…) et des pans de murs entiers sont habillés de Post-it représentant le management des différentes actions en cours, les développements à venir, ou tout simplement une idée à creuser. Ambiance intellectuellement bouillonnante de « Start up » doublée du sourire de Andrej et de son dynamisme naturel lorsqu’il nous présente son équipe.

Pas question évidemment de publier des photos de ces Post-it 😉 mais Andrej nous a gentiment accordé une interview pour (re)découvrir comment NavITer est née et la principale nouveauté (discuté en « off ») sera publiée très bientôt sur notre blog.

Salut Andrej, Peux-tu juste nous dire comment cette aventure avec SeeYou et NavITer a commencé ? Et d’abord, qui était le premier SeeYou ou NavITer ?

SeeYou ! SeeYou était le premier ! Cela remonte à l’époque où Erazem (ndlr : Polutnik, co foundateur de NavITer et CEO de LXNAV) et moi étions étudiants. À cette époque, les premiers fichiers IGC arrivaient. Ceux du mondial à Omarama, en 1995 (ndlr : celui ou Eric Napoléon est devenu, pour la 2ème fois consécutive, champion du monde en classe 15m, sur Ventus-2a). Il y avait toutes ces données… et aucun moyen de les visualiser !!! Erazem était déjà intéressé par la création de cartes pour visualiser les trajectoires et j’étais vraiment intéressé par la façon dont les gens volent, donc par les statistiques. Quelle était la vitesse moyenne entre les thermiques ? la Vz moyenne ? … A cette époque, nous nous connaissions déjà par le biais de la compétition de vol à voile. Je suis de Lesce et il est de Celje (une ville à l’Est de Ljubjlana), ce sont les deux clubs les plus compétitifs de Slovénie. Il était presque interdit d’être amis à cette époque. Mais cela n’est pas la seule règle que nous ayons enfreint (éclat de rires). Un jour, Erazem m’a dit qu’il avait ce « logiciel », et qu’il y avait déjà intégré mes codes de statistiques et qu’il voulait simplement le mettre en ligne, comme ça… Je lui ai dit qu’il devait le vendre en ligne (sourire). Parce que, même à ce moment-là, le logiciel était déjà bien meilleur que tout le reste qui se vendait de par le monde ! Pour faire court : il m’a dit, « ok je veux bien le vendre mais je veux juste coder. Toi, tu fais tout le reste, les clients, la vente, tout ! » C’est comme ça que ça a commencé !

Donc, vos 2 approches personnelles sont devenues les deux principales « briques » de SeeYou: L’analyse statistique des vols et la visualisation sur la carte pour voir ce qui peut être amélioré par le pilote ou pour étudier le vol d’un autre pilote.

Et comment Oudie est né ?

Il a commencé juste après le programme SeeYou. Le succès de SeeYou a été une surprise pour nous, pour être tout à fait honnête. Nous étions juste des étudiants (sourire). Mais bientôt, il a fallu aussi faire un logiciel de navigation pour mettre SeeYou dans les cockpits. À l’époque, nous avions les PDA, une sorte de mini iPad des années 90. Il y avait donc une plate-forme (ndlr : Windows CE et ses prédécesseurs) pour laquelle nous pouvions écrire le logiciel que nous avons créé, SeeYou Mobile. Comme nous avions SeeYou et que les gens savaient ce que nous faisions et comment nous programmions, il a été très vite accepté par les pilotes campagne, on venait de créer un écosystème… Donc, cela a été fait en 2003. Mais tout au long de l’année, c’était toujours la même question : Sur quoi devrions-nous utiliser SeeYouMobile ? Enfin au début, c’était clair. C’était sur ce PDA. Mais ensuite, il est devenu vieux. Il n’était plus produit. Et il n’y avait pas d’alternative que nous puissions proposer. Les modèles utlérieurs de ces « Pocket PC » avaient toujours un truc pas adapté pour nous : soit l’écran était mauvais (ndlr : illisible en vol), soit il n’y avait pas de communication série (ndrl : pas possible de faire converser le PDA avec un calculateur par exemple). Il manquait toujours quelque chose sur tout ce qui était sur le marché. Alors nous avons trouvé ces navigateurs GPS, comme ceux que nous avions dans les voitures. Ils fonctionnaient avec le même système d’exploitation. Hmmm… SeeYou Mobile fonctionnait avec ça. (s’arrêtant et inspirant profondément) Donc, en gros, un jour, on a envoyé beaucoup d’argent en Chine. On a attendu quelques mois, en se demandant si quelque chose allait revenir… (sourire, ses yeux s’allument). Et c’est revenu ! Quand nous avons dit à nos revendeurs ce que nous avions, nous avons vendu les 500 premiers sans même les mettre sur un site web. Parce que la demande était là ! Alors oui, encore une fois, ce fut une surprise mais un vrai succès. Et puis, nous avons introduit des évolutions : l’Oudie 2, avec le meilleur écran, … Et puis les parapentistes sont venus à nous. En disant que nous avions déjà « tout » mais en nous demandant « d’ajouter un vario ». Et maintenant les Deltistes, avec la nouvelle Blade. C’est vraiment bien, on adapte Oudie aux utilisateurs.

Beaucoup de gens passent de SeeYou sur ordinateur à SeeYouCloud. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ? La philosophie est-elle la même ?

SeeYou est un excellent logiciel. Les gens l’adorent. Nous le savons. Mais, il n’a plus vraiment d’avenir sur la plateforme PC. De plus, pas mal de pilotes utilisent Apple et il ne peut donc pas s’adapter sauf avec des émulateurs qui fonctionnent mal. Il n’y avait qu’une seule façon d’aller de l’avant. Nous savons que les pilotes veulent analyser leurs vols et ceux des autres. Nous savons que cela leur est utile pour apprendre. Nous devons leur donner des outils pour le faire et la meilleure façon aujourd’hui de le faire était d’écrire une application web qui fonctionne partout, sur toutes les plateformes. Bien sûr, SeeYou est vraiment complet et SeeYouCloud doit rattraper son retard. La planification et l’analyse des vols sont déjà prises en charge. La superposition des données météorologiques est prise en charge. Ce qui a été ajouté, et serait impossible dans la version PC, c’est le « hub ». En gros, nous avons créé SeeYouCloud comme une plateforme centrale pour l’activité du pilote. Tous vos vols y sont, ainsi que ceux qui vous intéressent et vous pouvez y connecter vos appareils (ndlr : calculateurs). Ainsi vous n’avez plus besoin de copier le vol sur un support physique, le Cloud le fait pour vous. Le vol apparaît simplement sur votre carnet de vol en ligne. Ca parait facile et anecdotique mais c’est le début d’une révolution en fait.

Est-ce qu’on pourrait imaginer que mon SeeYou Cloud parle à GESSASSO qui est la plateforme de la FFVP pour suivre l’activité des pilotes ? 

Pourquoi pas, si plusieurs personnes sont intéressées ! Nous voulons nous intégrer à d’autres plateformes. C’est la beauté du système en ligne.

Ce que j’aime sur SeeYou, c’est la comparaison des vols de plusieurs pilotes sur un circuit. Est-ce possible avec SeeYouCloud aujourd’hui ?

Oui, c’est possible. Vous voulez voir ! (Là il va vous falloir un peu d’imagination, essayez par vous-même ou attendre un article sur SeeYouCloud).  Ça, c’est donc mon SeeYouCloud. Vous pouvez y trouver tous les vols que j’ai mis en ligne (et il y en a beaucoup). Il y a donc un filtre. Par exemple, si j’ouvre ces 5 fichiers (sûrement une épreuve de leur national, on y trouve les noms de tous nos amis slovènes). Vous pouvez rejouer la course bien sûr. Mais le plus important, c’est que vous pouvez comparer les statistiques. Vous pouvez comparer chacune de mes statistiques à la valeur du meilleur des 5 pilotes, ou à la moyenne des 5 pilotes, ou à 2 autres pilotes. Mais nous voulons nous ouvrir davantage. Nous permettrons aux pilotes (programmeur) d’ajouter des surcouches sur la carte, de faire leurs propres scripts (ndlr : un script est un fichier qui indique au programme les actions qu’il doit faire. Cela permet par exemple de réaliser votre carte des thermiques comme ici) ! Un peu comme avec l’ouverture du script pour le scoring sur SeeYou. Les Français ont depuis longtemps leur propre script de scoring car vos règles sportives peuvent différer un peu de celles de l’IGC. Ainsi, cela nous a permis de créer de nouveaux types de compétitions. Par exemple l’e-glide (ndlr : le 1er championnat expérimental avec des planeurs boostés par leurs moteurs électriques), Brian Spreckley (ndlr : le responsable des Grand Prix à l’IGC), les pilotes, … ils étaient des expérimentateurs ! C’était génial, on changeait les règles tous les jours ! Brian disait juste « Demain, nous volerons différemment ». Et les pilotes ont joué le jeu ! C’était un gentleman agreement entre les pilotes d’accepter cette évolution des règles pendant l’évènement. Et vous pouvez changer le scoring en changeant simplement quelques lignes du script. Cela a fonctionné parce que notre système est aujourd’hui très ouvert.

Idée folle, et si vous remettiez la surcouche météo et son évolution lorsqu’on rejoue le vol sur la carte ! Possible ???

(Sourire) Je ne peux pas vraiment en parler pour l’instant, c’est bien trop tôt, mais c’est une bonne idée (Sourire à nouveau). Je ne peux rien promettre.

Ok, ok, bon… mais on a tous des trucs préférés Andrej, c’est quoi ta fonction coup de cœur sur ce SeeYou Cloud ??

Que je puisse, aujourd’hui, connecter mon Oudie au PC et que 2 minutes plus tard, tout soit « là où il doit être » sans intervention. Les vols sont téléchargés dans mon Cloud ; les espaces aériens sont mis à jour. Je peux juste prendre mon téléphone et regarder mon vol. Je peux même le partager sur Facebook. C’est très simple. Cette fonction centrale va simplifier la vie de tous les pilotes, simplement.

Et en cas, assez typique, de mauvaise connexion Internet sur l’aérodrome ?

Nous envoyons le moins d’informations possible. Par exemple, si vous voulez télécharger les prévisions météo sur votre PC, c’est assez lourd. Le PC ne sait pas ce que vous voulez voir, alors il télécharge… tout ! Avec le système en ligne, vous ne téléchargez que ce que vous voyez. On parle de kilobites au lieu de mégabites au final.

Et qu’en est-il de vos prochains développements pour Oudie ? Quelque chose de connecté du coup ?

L’évolution est claire : ces dernières années, les données sont devenues le matériel disponible. Les données OGN, les images satellites, les radars de pluie, … rien de cela n’était vraiment disponible il y a seulement 3 ans ! Maintenant, c’est devenu logique de les utiliser. C’est pourquoi, bien sûr, nous essayons d’apporter des données en direct, au pilote. En ce moment, nous le faisons grâce à l’application Oudie Live. Il s’agit simplement d’un accès Internet pour Oudie. Vous pouvez donc dès maintenant connecter TopMeteo ou Skysight à votre compte SeeYou. Vous pouvez les utiliser pour la planification des vols au sol. Et en l’air, pour vérifier si le temps est le même que celui prévu. Pour l’avenir, je peux vous dire que nous aurons très bientôt, les images satellites en direct. Vous pouvez voir où les nuages se forment, si l’orage progresse… Nous avons aussi un nouveau grand projet mais de nouveau, il est trop tôt pour le rendre public.

Encore une idée folle mais… Peut-être aussi partager des données entre les pilotes en « live » en vol ?

(sourire…) Dans le futur, on pourrait penser à récupérer les données partagées par les pilotes en « live », le Cloud les traite, et les renvoie traitées et analysées au pilote, oui ! Car l’objectif final est toujours d’aider les pilotes à prendre de bonnes décisions, des décisions sûres, des décisions qui permettent de voler plus vite et plus longtemps, en sécurité. C’est ce que nous voulons, c’est le service que nous offrons. Nous savons que toutes les données de Flarm notamment apportent un peu de controverse dans la compétition. Pour moi, les pilotes devront s’adapter, comme ils ont dû s’adapter à la première radio, ou aux personnes disposant d’un GPS. Le changement est une bonne chose. C’est une nouvelle information. Après tout, pourquoi ne pas voler mieux si les données qui vous permettent de le faire sont disponibles ?

Super, on semble donc entrer dans une nouvelle ère pour notre sport ! Juste une dernière question Andrej, pourquoi il n’y a pas de frontière entre les pays dans SeeYou ?

(Andrej regarde dehors et sourit) Vous savez, quand j’ai commencé à voler, nous avions le rideau de fer… Il était à quelques kilomètres, au nord de l’endroit où nous sommes. Vous savez… Nous avions des pilotes qui volaient depuis 30 ans et ils n’ont jamais remarqué que dans le nord, à seulement 5 km, au sommet de la montagne, il y avait des cumulus. Personne ne savait qu’ils étaient là. Personne n’avait essayé. Personne ne voulait regarder. C’était interdit. Les gens n’y allaient pas, même dans leurs rêves. Quand j’ai commencé le vol à voile, le mur de Berlin venait juste de tomber. On s’est dit : « F**k it ! ». Et on y est allé. (Eclats de rires). Il s’est avéré que les Alpes sont un endroit génial pour voler (rires) et Lesce est un endroit génial pour « attaquer » les Alpes. Longue vallée…. Nous avons fait beaucoup de travail de pionniers depuis notre petit coin de vol à voile à cette période. C’était incroyable!

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